Une histoire de Nerviòn

Comme d’habitude, tout est parti d’un fleuve qui serpente. Ça commence toujours comme ça. Celui-là, il s’appelle le Nervión, à cause d’une sombre histoire d’empereur romain. Bilbao n’est de toute façon pas à un écart étymologique non espagnol près. Ce qui fait la renommée de la ville depuis bientôt plus de dix ans possède un nom à consonance germanique : le Museo Guggenheim. Trop peu de points au Scrabble pour un mot avec autant de G.

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Félineries.

Je porte rarement aux nues des produits culturels, car il n’y a que peu de choses aussi chiantes que les articles « La Discographie idéale », (salut Philou Manoeuvre !) « La parfaite bibliothèque du Khâgneux » ou « La BDthèque à Papa ». Lorsque je ponds un article élogieux ou une grosse critique, d’ailleurs, c’est souvent sur des œuvres déjà encensées et/ou super-connues : Rome, Inception, Discovery, Cent Ans de Solitude. Mais j’avais jusque là négligé le support BD, et il était temps de réparer l’injustice en disant tout le bien que je pense de la série Blacksad, peut-être la meilleure de ce début de siècle (oui, ça, c’est juste pour l’épate).

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Discovery ou la Soirée collégienne

Forcément, si je vous dis que Tron 2 (Tron Legacy) va sortir en Décembre, vous vous en contrefoutez. Et pour cause : c’est un Disney avec de vrais acteurs ; ça raconte une histoire de monde virtuel-jeu vidéo géant où l’on fait des courses de moto lumineuses et combats de regards sous la visière ; il y a certes Jeff Bridges (bien) mais pas dans un rôle de cradingue (Crazy Heart), plutôt celui de père indigne lifté numériquement.

Bon.

Pourtant, je suis impatient comme jamais : y a les Daft Punk aux commandes de la bande originale ! Comment expliquer cet engouement ? Peut-être parce que c’est seul le groupe qui m’a un jour motivé à faire un brouillon de critique d’album, un genre qui m’est totalement étranger, sur Discovery. La coïncidence a voulu que je retrouve ce document Word, presque treize ans jour pour jour après mes premières écoutes d’Homework (1997). C’est beau les coïncidences (et vous pouvez verser une larme). Alors, en hommage aux deux artistes qui ont été mon sujet libre à l’oral de l’école de journalisme de Bordeaux, on dépoussière son étagère et on saisit son CD qui sent le vécu.

J’enfile mon habit de Michael « vieux sage snob » Caine, et on y va.

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Walter Cronkite

Ah, Walt’. Malheureusement, en France, tu as vécu et tu es décédé dans l’oubli. Et pourtant, dire que tu es celui qui a popularisé le présentateur TV dans toute sa grandeur, ça ne serait pas volé. Et ton décès est presque habilement pensé, en pleine période de polémique sur le journalisme et ses exécutants, et à quelques jours de l’anniversaire des premiers pas de l’homme sur la Lune, que tu avais commenté en direct. Loin de moi l’idée de dire que « c’était mieux avant », mais tu auras incarné l’image type du journaliste intègre apprécié de tous. Respect.

Né en 1916 dans le Missouri, rien ne te prédestinait vraiment à bosser pour les médias. Encore moins ton passage chez les scouts, plus adeptes du feu de camp et de toques en raton laveur que de l’ambiance à la fois survoltée et feutrée d’une rédaction. Et pourtant, déjà au collège San Jancito au Texas – à Houston, où tu as déménagé -, tu crées un journal pour l’établissement ! Rebelote lorsque tu passes à l’université d’Austin où tu apportes ta touche au Daily Texan, le canard du coin autogéré par les étudiants. Tu étudies les sciences politiques, l’économie et tout ce genre de choses que l’on requière pour le métier. Mais qu’à cela ne tienne, tu laisse tomber la fac sans aucun diplôme. Sache qu’une telle chose ne saurait être envisageable à notre époque ! Mais tu as tes raisons : des journaux locaux font déjà appel à toi. Tu t’affranchis du support papier – un signe ! – et tu t’occupes des news pour une sombre radio de l’Oklahoma. Faute de goût notable, ton nom d’antenne (une obligation à l’époque) est Walter Wilcox : entre le nom d’acteur porno, de personnage de Buffy ou d’anabolisant, j’hésite encore.


Avouons tout de même que ça a moins de saveur qu’un débat Cohn-Bendit / Bayrou

Les années de guerre sont des années fastes te concernant puisque la partie de Risk géante entre Roosevelt, Hitler, Staline et Churchill fait de toi l’un des journaleux en vogue : tu suis les opérations, survole les zones en B-17 , tu couvres même le D-Day ! Et quand tu penses que 60 ans plus tard, Jean-Claude Narcy nous endort littéralement devant le poste en remémorant cette petite sauterie. Tu continues sur ta lancée avec d’autres faits marquants tel que le procès de Nuremberg et autres délices du système soviétique à Moscou.

Et puis vient la bonne vieille télévision. Ou plutôt jeune télévision, qui étrenne tout juste ses vingt ans. A l’époque, on ne vend pas encore trop de cerveau à Coca Cola et on ne couche pas dans les piscines en direct. A vrai dire, dans l’Amérique puritaine on ne couche pas du tout, sauf pour procréer. Mais je t’accorde que le concept de Big Brother n’est pas la meilleure chose qui soit arrivée (Steevy Boulay, par exemple). Or donc, en 1950, CBS te recrute pour leur département TV. Au fil des émissions tu gagnes en grade, ton style s’affine. Tu deviens un peu le petit père de toute une nation – c’est d’époque assurément – lorsque vient ton tour de parler d’histoire ou d’annoncer les news. Néanmoins, le fait que tu décide de parler à la statuette d’un lion appelé Charlemagne, lors du Morning Show dans les années 50 me laisse perplexe. Mais chacun ses lubies, hein.

Tu accèdes au rang d’icône avec ton poste de présentateur vedette du JT (parlons jeune) de CBS en 1962. Tous les évènements de l’histoire américaine et mondiale passeront par ta voix : de l’assassinat de Kennedy et celui de Luther King à la Guerre du Vietnam (Lyndon Johnson déclare avoir perdu le soutien de l’américain moyen lors que tu estimes que les US ont perdu la guerre) en passant au Watergate ou encore les premiers pas du très inspiré Neil Amstrong, tout y est. Bref, de 1962 à 1981, c’est ton apogée. 64 ans bien tassé, tu prends alors ta retraite qui durera donc jusqu’à ce 18 Juillet 2009. 28 ans, autant dire que tu auras coûté au contribuable cotisant mais allez va, on te pardonne cela. Ce qui ne t’a pas empêché de faire des apparitions, des documentaires, et de toucher 1,000,000$/an à titre honorifique dans les années 1980. Pas mal pour un non-diplômé d’université !


Dis, c’est toi qui ronronne là ?

Aujourd’hui, tu es reconnu par tes pairs comme un des journalistes les plus professionnels et intègres qui ait été. L’homme « en qui on avait totale confiance » , disent-ils. Tu regretteras peut-être de ne pas avoir eu une marionnette pour les Guignols version US, et je te comprends. Ah, et passe le bonjour là haut à Guy Lux, si tu le croises.

Mais je n’ai que trop parlé, après tout c’est toi le présentateur ! Je te laisse donc le dernier mot :

« Et c’est ainsi que vont les choses…»


Librement inspiré de cet excellent blog.

C’est (toujours) la crise.

Je pense qu’on a tort de dire que Marx est mort. Marx est mort, évidemment, ça ne fait aucun doute, un enfant de six ans peut comprendre que Marx est mort à partir du moment où tu lui expliques qu’il est né il y a 150 ans, que c’était un homme normal et tout ça. Bon. Ce que je veux dire, c’est que… Marx, les idées de Marx restent valables à partir du moment où … quand on les regarde heu… sans a priori heu … sans chercher à faire de l’antimarxisme primaire c’est… Voilà, c’est une question d’antimarxisme primaire c’est… Quand on regarde la situation sociale, tout ça, on s’aperçoit bien que malgré tout euh… Marx reste valable hein, pour pas mal de trucs en ce qui concerne les conditions de travail ou les rapports avec les patrons euh… les acquis sociaux, le partage du temps de travail, on s’aperçoit bien qu’il y a quand même quelque chose de vrai dans cette histoire de lutte des classes et que va dire à un mec qui a plus de boulot que le capitalisme c’est mieux que le communisme, tu verras ce qu’il te dira… Hein les gars ! A mon avis on comprend mieux Marx quand on est licencié, mais bon… C’est… ce que je pense, c’est que Marx a dit des choses qui restent valables dans la mesure où il les pensait heu … en accord avec son époque et … que maintenant ça reste valables aussi pour des tas de … (…) Bon quand il parle de la victoire du prolétariat bon ben, ca veut dire quelque chose hein ! C’est pas n’importe quoi, ça nous interroge quand même hein parce que faut dire ce qui est, le prolétariat, hein les gars ! Je pose la question. (…) Ils rigolent parce que évidemment, ils font tout pour nous faire croire que Marx est mort, qu’il n’y a plus rien à dire là-dessus et que c’et terminé heu… puisqu’il est mort. Alors là Marx est mort, ils font courir le bruit partout, dans les journaux, à la télévision. A la télévision tous les jours : 2360 jours que Marx est mort et n’a toujours pas réapparu… Compris ? Hein ! Ils savent y faire. T’inquiète pas pour eux. Et puis comme ça alors il les emmerde plus parce que hein, il faut dire qu’il les a quand même salement emmerdés hein les gars ? Il a quand même drôlement mis des bâtons dans les roues du capitalisme avec ses idées de lutte des classes, la victoire du prolétariat et tout ça. Toutes les luttes… parce que les acquis c’était pas inné euh… c’est acquis justement. (…) Comment j’peux vous dire ça moi les gars, si nous on pense que Marx est mort, alors c’est fini, c’est la porte ouverte à tous les abus, ils peuvent se permettre n’importe quoi. Vu que Dieu il est mort lui aussi alors il reste quoi ? Ils auraient tort de se gêner. Dieux on ne sait même pas s’il est né. Marx on dit qu’il est mort d’accord, si on veut, mais on sait au moins qu’il est né, ça ils ne peuvent pas le nier, alors c’est un avantage considérable parce qu’on est pas tout le temps en train de se dire : « Mais t’es sûr qu’il a dit ça Marx ? T’es sûr qu’il a existé Marx ? » ou des trucs comme ça. Hein ! Marx il est mort si on le veut bien. Ca meurt pas des types comme ça, c’est… Marx s’il était là, mettons qu’il est là hein… alors il dirait sans doute les choses. Il dirait que toutes les choses sont devenues difficile à comprendre avec la télé tout ça, mais il dirait aussi : « Attendez les gars, j’ai pas dit mon dernier mot, laissez-moi un peu de temps pour analyser tout ce bordel et je vais vous dire comment ça marche ». Et il aurait écrit un livre sur tout ça et ça aurait éclairé tout le monde ! (…) Si nous on pense que Marx est mort alors c’est terminé. Et on peut parler comme ça pendant longtemps … Parce que vous ne me ferez pas croire que la lutte des classes ça n’existe plus ? Avec toute cette inégalité qu’on voit partout, vous ne me ferez pas croire qu’elle n’existe pas. Chaque type exclu est une sorte d’inégalité à lui tout seul… et tous ces types s’excluent les uns les autres sans arrêt à n’en plus finir et on ne voit pas comment ça peut… (…) Marx seul sait. Parce que les gars, un coup de Marx et ça repart, hein les gars on est bien d’accord ? (…)

Rémi de Vos, Débrayage