Fascination

« Je suis absolument fasciné par les fleuves ».

Un jour, j’aimerais commencer un bouquin de cette façon et expliquer comment tout vient de là. Absolument tout. Pas d’explications freudiennes sur un environnement aquatique à tendance amniotique, toutes ces conneries cryptiques. On y parlerait, comme toujours, de l’ambiance et du ressenti des choses.

En 2013, j’ai pourtant été sous le charme instantané d’une ville – désolé, Stockholm – sans être attiré par son fleuve : Lisbonne. Oh, le Tage est bel et bien là, mais devenu un estuaire, bien trop étendu pour éveiller une quelconque curiosité. Tout juste donne-t-il à la cité lisboète un petit air de San Francisco qui s’ignore.

1378416_10201579549504897_1075154442_n(Ou un air de ville-lumière, je confonds un peu ma boîte-à-clichés-pour-touristes, damned)

Il n’y a ainsi pas de commencement, ni de véritable fin à un séjour à Lisbonne. On arrive, la ville nous emporte sans véritable but, distillant de temps à autres quelques monuments dans ce flot continu de laisser-aller, et puis on s’en va avec l’idée qu’il faudra revenir.

Là, il s’agira de prendre la ligne 28 d’un tram jaune, au look centenaire, tout en crissements métalliques et bancs en bois usés par tous ces fessiers énormes, américains, petits, français, vêtus de tartan, lisboètes, mal habillés, asiatiques. D’être déposé dans l’Alfama et s’y perdre joyeusement. Au détour d’une ruelle, un fil à linge vient rajouter au côté délicieusement désuet du quartier, de l’autre se dessine l’accès au Castelo Sao Jorge. Une bifurcation supplémentaire, et c’est une vue d’ensemble de la ville qui s’offre aux curieux ascendants flâneurs (ou inversement). Sans compter les azulejos, qui sont autant de motifs qui peuvent potentiellement rendre chaque rue caractéristique.

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Le temps de redescendre des hauteurs de Lisbonne et ce sont les grandes artères pavées et autres petites rues commerçantes qui prennent le relais. Le temps d’une ou deux ginja sur la place Pedro IV, il sera sûrement temps d’aller faire un tour dans l’éthylique et entraînant Bairro Alto, où ce sont autant des restaurants sans prétention qui côtoient des bars à vins dans une ambiance détendue. Au 38 de la rue Gàveas, prenez un verre de Quinta de Cidrô.

S’il y a bien sûr des incontournables (salut, Belém !), le meilleur moyen de visiter Lisbonne est peut-être ainsi de ne rien chercher précisément. Tomber sur des restaurants cachés dans des auberges, qui n’ont pourtant pas à rougir de leurs prestations ou prendre un petit-déj avec pastéis de nata et leur saupoudrage généreux de cannelle, chez un commerçant qui ne dispose que de trois tables dont deux squattées par des habitués. Décider d’aller visiter cette église à ciel ouvert, conférant une ambiance particulière à ce lieu normalement si austère. Bref, l’improvisation.

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On s’adapte alors aux battements de coeur de Lisbonne. Ce fourmillement tiède qui parcoure la nuque, puis l’échine, avant de diffuser une sensation de chaleur. Qui va s’installer jusqu’aux confins des ongles des mains, revient, irradiant, pour s’étendre à tout le corps. Si jamais, un jour, quelqu’un tombe sur cet article, j’espère que j’aurai pu commencer un bouquin, une lettre, un discours, un repas de famille, une candidature politique ainsi : « Je suis absolument fasciné par Lisbonne. »

Photos : Aurélie Dupuy

Précédemment :
Bilbao
Stockholm
Rome

En fait, ce voyage à Lisbonne a huit mois désormais. Mais comme tous les ans, à date fixe, l’envie de bloguer me reprend.

Bonus stage : Voice Over de Martin Rosete, huit minutes de réussite et sûrement le meilleur court-métrage de 2013.

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