Stockh.olm

J’ai bien souvent idéalisé Stockholm, une ville où je n’ai pourtant que trop peu mis les pieds à mon goût.

Stockholm, dans mon esprit, c’est un peu cette jeune fille aux cheveux dorés qui flânerait devant moi. Avec la lumière du jour, celle de ces journées où le printemps ne s’est pas encore décidé à partir, amenant un léger vent frais. Une scène de photo Polaroïd, en somme – ou de vulgaire iPhone passé au filtre Instagram.

Forcément, je l’ai suivie.

Tout a commencé sous un ciel orangé, qui crachait d’épais flocons.

Rien de très anormal, au cœur du mois février. Juste de quoi parfaire l’idée de la carte postale que j’irai choisir quelques jours plus tard. Le temps de s’engouffrer dans l’Arlanda Express, le train jaune-gris filant à vive allure dans la campagne suédoise entre l’aéroport et la ville, et me voici à Stockholm.

Le truc que je n’avais pas prévu, c’est qu’en plein cœur du mois de février justement, la température ne descendrait jamais en dessous de zéro. Très vite, la neige idyllique – car oui, la neige scandinave est celle des cartes postales, celle de France bloque les autoroutes – est devenue une masse infâme et poisseuse. Cette masse fondue, en perdition, qui s’accroche à chaque morceau de vêtement pour mieux le détremper et diffuser la sensation de froid.

Skeppsbron, 40 | Home. Comme à Bilbao, tout a commencé dans la vieille ville. Gamla Stan a cet atout incroyable : l’intemporalité. Véritable cœur médiéval, tout n’est que ruelles pavées, soudain remplies de badauds à l’approche d’un monument, puis à nouveau vides et parfaitement calmes lorsqu’il ne s’agit que de résidences. Le quartier semble avoir été préservé comme tel depuis des siècles, les murs peints dans ce jaune-ocre et ce rouge si typiques. Tout juste quelques enseignes criardes, dont les vitrines proposent un amas informe de souvenirs, entre chevaux de Dalécarlie et assiettes à l’effigie de la princesse héritière. Leurs néons et leurs bannières « YOU CAN PAY IN EUROS », ornés de drapeaux suédois, parviennent à peine à briser l’immersion. On s’attache à Gamla Stan, indéniablement. Il y a plaisir à le traverser, à y rentrer le soir, à y être au quotidien, sans se lasser.

Le tunnelbana, le métro bleu du coin, file vers le sud.

Si Slussen est l’équivalent des Halles-Châtelet, un lieu de passage à l’ambiance industrielle, il ouvre aussi vers Södermalm, cœur éthylique de la ville. A priori le quartier pauvre stockholmois est celui des soirées entre amis, autour d’une bière. Certes, ça coûte bien trop de couronnes.

De Slussen, il y a aussi le ferry qui mène vers les îles-musées de Skeppsholmen et Djugården, où les Suédois ont eu l’excellente idée de compiler tous ce qu’ils ont fait de mieux. Enfin presque, puisque le Vasa, superbe navire de guerre du XVIe a coulé quelques dizaines de mètres après son départ, en pleine baie de Stockholm. Non loin de là, le Moderna Museet ambitionne de devenir le MoMa du coin, à grand coup de Picasso et d’artistes contemporains locaux. Tout n’y est que lignes épurées – coucou, le cliché IKEA – et grands espaces où même le vide a été soigneusement aménagé.

Le Nordiska Museet, solide bâtisse en briques d’un rouge sombre, gardien de la culture suédoise, et le tramway d’époque viennent trancher avec ce Stockholm moderne. Tramway qui nous ramène vite dans le tourbillon de la capitale, cet fois économique.

Birger Jarlsgatan, 8 | Work. Si j’étais en Suède, c’était avant tout pour le boulot, au sein d’une grande agence de presse, qui centralise à Stockholm toute l’info des pays scandinaves pour la distribuer à la France et aux autres (c’est bien écrit, hein). Oh, bien sûr, le quartier d’affaires d’Östermalm n’a pas vraiment de charme, mais il a tout les atouts d’une capitale aussi bien pour le travailleur que pour l’acheteur compulsif, qui se perdra dans le dédale des grands magasins NK et leur débauche de dorure. Les curieux trouveront peut-être leur compte avec les galeries d’art qui poussent un peu partout, où certains Edward Hopper scandinaves étalent leur talent, entre deux enseignes Mulberry et Louis Vuitton.

Un peu plus au nord, Stureplan convoite le titre de lieu le plus branché de la cité. Dans la station de métro voisine, un vendredi vers 23 heures, blondes décolorées et suédois ultragominés réinventent l’idée de mauvais goût. On leur préfèrera quelque excellentes (mais ultra-coûteuses) tables comme le Prinsen.

Un dernier détour par Sergels torg, et déjà arrive en ligne de mire la station centrale. S’ensuit une histoire de neige (enfin !), de train jaune-gris qui file à vive allure de la ville vers l’aéroport et de ciel orangé.

C’est peut-être ça la vraie force de Stockholm : être la synthèse idéale de toutes ces différences. Je crois pourtant n’avoir pas réussi à rattraper cette jeune fille blonde, qui flânait devant moi.

Précédemment :
Bilbao

3 réflexions au sujet de « Stockh.olm »

  1. Peut-on faire confiance à une ville dont le nom termine approximativement comme celui de Francis Heaulme ?
    Je ne le crois pas.

    Je clos ainsi cette démonstration, aussi incontestable qu’exhaustive.

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