L’Heure (de la Beeb)

En pleine frénésie des Emmy Awards et dans la course à l’échalote au tout-dernier-pilote-de-la-dernière-série-hype, retour sur l’été de la BBC America qui diffusait une série qui restera sûrement confidentielle au bataillon : The Hour. Confidentielle, mais à mon avis porteuse de nombreuses questions sur l’avenir des séries hors des superproductions à la Lost, Mad Men, The Wire etc. En l’occurrence, Mad Men.

Londres, 1956. La BBC s’apprête à casser les codes de l’info télévisée telle qu’on la connaissait auparavant au travers d’une émission phare : « The Hour ».

// BITS OF GREY

Il y a quelque chose de foncièrement intéressant dans les séries britanniques par rapport aux productions américaines. Les États-Unis perçoivent tout juste qu’ils sont sur le déclin, dix ans après le 11 Septembre, en pleine crise financière-bancaire et dans leur incapacité à se relever. Pour le Royaume Uni, tout a explosé il y a près d’un demi-siècle. Là où AMC propose donc un Mad Men qui fleure bon la brillantine, les volutes de fumée et le whisky comme des symboles d’un temps de toute-puissance (ou presque) regrettée, la BBC place ses même éléments dans un contexte tout à fait différent : c’est le Londres de l’après-guerre, pluvieux, inquiétant, gris, pas vraiment excitant.

Mais The Hour ne peut pas vraiment être comparé plus que ça à Mad Men, quand bien même tous les réseaux l’ayant diffusé l’ont vendu ainsi. Certes, ce sont les années 50-60, certes Dominic West, lorsqu’il enfile son costume impeccable, rappelle évidemment l’incontournable Don Draper. La différence fondamentale tient notamment dans l’angle adopté. Mad Men suit majoritairement des personnages liés par une histoire, The Hour suit une histoire portée par des personnages. Ou plutôt des histoires, et c’est bien là le problème.

// « THIS IS ABOUT SOMETHING »

L’idée est pourtant efficace sur le papier, permettant d’évoluer avec un parti-pris radicalement différent. Il y a un ancrage historique fort, quelque chose à raconter : le conflit du Canal de Suez entre Français-Britanniques-Israéliens et l’Égypte ; la répression soviétique sur la Hongrie ; la naissance du journalisme télévisé moderne face à un gouvernement anglais, celui d’Anthony Eden, archaïque sur le sujet ; la règle des 14 Jours qui empêchait les médias télédiffusés de traiter des sujets abordés au Parlement avant un délai de deux semaines ; l’ascension d’une femme dans un milieu masculino-masculin. Bref, la liste pourrait être longue pour ce qui n’est que du ressort du synopsis de base. Mais voilà, peut-être y avait-il la peur de ne faire qu’une série visant un public de niche : au déroulement de The Hour est rajouté  « bon vieux » polar so british (meurtres, ambiance Guerre Froide et mots croisés – coucou Raymond Carver !) et encore à cela une troisième intrigue amoureuse.

Si parfois l’équilibre réussit, à d’autres moments, il menace de s’effondrer et les twists pour faire tenir le tout ensemble sont un peu gros. Dommage, car en décidant de « raconter quelque chose », The Hour se positionnait effectivement comme autre chose que Mad Men, tout en étant sur un créneau similaire. Et sans tomber dans le ridicule des ersatz qui voient/vont voir le jour pour épuiser le filon : « Pan Am » (Mad Men chez les stewarts) ou pire, The Playboy Club (Mad Men chez les playmates). Bref, ce qui aurait pu être une série très réussie n’est finalement qu’un « simple » divertissement intriguant et intéressant. Un coup d’essai qui avait les cartes en main pour être un coup de maitre, surtout avec Abi Morgan à la baguette.

Pourtant, bouder The Hour serait un tort. Les acteurs sont bons et le tout reste agréable car The Hour est une série qui a beaucoup de chose à dire en peu de temps. D’ailleurs, six épisodes d’un heure chacun ne demandent qu’un investissement minimum, on finit par se prendre au jeu de l’histoire et pardonner de vilaines improbabilités scénaristiques. C’est sans compter un décor soigné, un malin plaisir à voir évoluer Dominic West qui ne donne pas de coup de tatanes mais dans des costumes parfaitement taillés et les délices de l’accent typiquement britannique.

Vous reprendrez bien un peu de whiskey et d’archives noir et blanc avant de partir, sweetheart ?

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