Kapow !

Scott Pilgrim vs. The World, 2010
En bons chauvins, nos baguettes sont meilleures que celles des autres, nos femmes aussi, nos coulommiers, nos blogs modasses aussi et nos humoristes aussi. Vraiment, les humoristes aussi ? Si je ne renie pas quelques bons éléments comme Édouard Baer, par exemple, l’humour français reste limité au triangle Bigard - Roumanoff – Dany Boon. Autant dire, la misère, la blagounette facile et les grosses ficelles. Pourtant les américains, oui ces drôles d’humains qui parviennent à élire Sarah Palin (bon, c’est l’Alaska il est vrai) se goinfrent en malbouffe et font les joyeux drilles en Irak, ont un humour plus intéressant, car il a su assimiler des phénomènes de société.
Quand je parle de phénomène de société, outre le côté Sciences Po crados de cette phrase (salut Richard, merci de ne pas m’avoir pris !), c’est pas un sketch tout pourri sur le langage texto ou autres loleries qui font sujet bouche-trou du 13h. Non, un vrai phénomène de société durable, c’est par exemple le « geek ». Alors oui, on me répliquera qu’il y a eu un film sur le sujet, intitulé « Cyprien ». Ce à quoi je répondrais avec condescendance de ma plus belle voix de stentor : 1) Non, sérieux, Élie Semoun est humoriste ? 2) C’est plus une représentation du nerd, encore que nerd version 1999. Oui, l’humoriste français est souvent en retard. 3) Les enfants de Semoun mettent VRAIMENT « humoriste » pour la profession de papa ou intermittent de l’humour ?
Donc non, les français n’ont pas été foutu d’intégrer la tendance geek dans l’imaginaire collectif. Ah oui, et : 4) N’est PAS non plus geek quelqu’un qui aurait un Mac, un smartphone, un Kinect et qui tiendrait un Twitter ou un Tumblr. Sérieusement.
Bref, Scott Pilgrim c’est donc l’adaptation d’un comic, le truc vaguement à la mode à Hollywood en ce moment : Watchmen, Kick-Ass, V pour Vendetta etc. A la différence près que, dès la base comic, Scott Pilgrim joue sur énormément de références au jeu vidéo. De fait, le réalisateur de la version filmique, Edgar Wright (déjà papa de 2 beaux bébés que sont Shaun of the Dead et Hot Fuzz), s’est permis une liberté artistique qui n’a pas été prise par les comics précédemment évoqués. Le résultat est donc très bon, malgré quelques défauts. Le trailer, car j’ai la flemme de fournir un synopsis, et on poursuit.
Et oui, Gaspar Noé si tu lis ces lignes, tu découvriras qu’il n’y a pas obligation de faire dans le trash pour de l’expérimentation visuelle, et que de surcroit ton expérimentation tombe plus ou moins à plat (Enter The Void, anyone ?). Deux films à fort potentiel divertissant le prouvent : Speed Racer, des frères Wachowski (Matrix) et donc Scott Pilgrim. Le jeu de la photographie est excellent et surtout il y a une certaine fraicheur. Bref, quand je parlais de liberté artistique, c’est évidemment le point fort de Scott Pilgrim : c’est ainsi que sont intégrées des onomatopées (qui ne viennent pas faire couche supplémentaire désagréable, par ailleurs), des effets spéciaux improbables et cheap qui sont censés retranscrire la possibilité infinie qu’offre un coup de crayon et une bulle de parole dans un comic.
Mieux encore, Scott Pilgrim est l’avatar cinématographique d’un jeu vidéo. Il est construit de la même manière : logo 8-bit d’Universal (= logos des studios comme Ubisoft) cinématique d’introduction (= plan du début ou le titre du film apparait, très proche des écrans start de consoles), découpage de l’histoire en niveaux, encarts de présentation des personnages, boss final, possibilité de recommencer la partie à travers la désacralisation de la mort. Même des éléments aussi anodins que les scènes de texte à l’écran sont un rappel évident des « chapitres » dans un jeu vidéo. Le tour de force de Wright est bien évidemment d’avoir réussi l’intégration de ces éléments dans le film, alors que leur nature même n’est pas adaptée au support cinéma. C’est ainsi que notre antihéros monte des levels d’expérience au fur et à mesure de la partie qu’est le film, par exemple. Pour ajouter à cette impression, le film regorge d’un nombre monumental de références de la première musique (Zelda A Link To The Past !) à la fameuse Pee Bar du trailer, très ‘Sims’, au personnage de Ramona (en rollers, cheveux bleu électrique, très symptomatique des RPG) ou encore le fait que les adversaires deviennent des pièces à chaque défaite (cf. tous les RPG type Final Fantasy là encore) pour ne faire appel qu’aux références les plus connues, même pour les non-joueurs.

Scott Pilgrim étant avant tout une comédie, son deuxième atout réside dans l’humour de la geek-culture qui a déjà sévi pour Supergrave ou tout autre film avec Steve Carell / Will Ferrel / Michael Cera (notre Scott Pilgrim). Le détournement des codes pour des jeux vidéos est une des veines majeures mais il y a aussi quelques filons de non sens et de running-gag très savoureux et plus classiques (exemple du personnage de Knives, avec le cliché de la high school girl très présente aux USA). Même des éléments plus subtils ont une résonance particulière : le groupe de Scott par exemple, les Sex Bob-ombs, est une géniale parodie de la mouvance garage et autres rockaillons symboles de la coolitude qui émergent via des tremplins ou des MySpace, insérée dans la trame du scénario principal.
Scénario ultra-simplet, il faut le dire, et c’est peut-être l’un des points faibles du film qui résume six comics en une histoire d’amour comme fil conducteur. La conséquence directe est que malgré les idées loufoques de la team Wright au commande du film, il y a quelques passages pouvant être longuets. De la même manière, ce qui fait mon admiration pour ce film c’est de maitriser les codes de la geek-culture. Scott Pilgrim est clairement fait pour un public, qui n’est a priori pas le grand public. Oui, vous verrez des trentenaires barbus avec un T-Shirt « J’ai poutré ta mère à Space Invaders » autre part que devant leur streaming, et c’est assez rare pour être signalé. Le dernier problème de Scott Pilgrim est aussi sa tenue sur la longueur : s’il est à mon sens le film de 2010, il restera au fil du temps ce film devant lequel chacun dit qu’il s’est bien marré et qu’il faudrait le revoir un jour, chose que l’on ne refait jamais. Il n’a en aucun cas la puissance de frappe d’un The Social Network, un Polanski ou un Scorsese. Car oui, Scott Pilgrim est un flop commercial retentissant. Mais vous devriez le voir, histoire de profiter de ce bonheur jouissif d’être privilégié. Et essayer d’appréhender la geek culture autrement que par le prisme actuel qui circule dans la société française.
Scott Pilgrim est, en somme, peut-être le meilleur moyen de comprendre les codes avec lesquels un petit américain grandit. C’est à dire en étant un pur produit de l’entertainment.
(Ouais, cette chute est lyriquement belle.)
Epic Win, dawg ! \o/ Le haut du panier, assurément.
Salut, c’est Lou-Ann, je sais pas si tu te souviens de moi, mais moi je viens de me souviens de toi, et si c’est bien toi alors mes souvenirs sont bons.
C’est redondant, et redondant c’est moche comme mot alors j’arrète de redondanner.
Bref, tu fais un article sur scott pilgrim, ca veut dire que t’es un mec cool un peu, parce que ce film est cool, presque autant que la bd.
Prend mon mail si tu veux/peux.