Walter Cronkite

par Spha | 19 juillet, 2009


The Doors — Riders On The Storm

Ah, Walt’. Mal­heu­reu­se­ment, en France, tu as vécu et tu es décédé dans un oubli conster­nant. Et pour­tant, dire que tu es celui qui a popu­la­risé le pré­sen­ta­teur TV dans toute sa gran­deur, ça ne serait pas volé. Et ton décès est presque habi­le­ment pensé, en pleine période de polé­mique sur le jour­na­lisme et ses exé­cu­tants, et à quelques jours de l’anniversaire des pre­miers pas de l’homme sur la Lune, que tu avais com­menté en direct. Loin de moi l’idée de dire que “c’était mieux avant”, mais tu auras incarné l’image type du jour­na­liste intègre appré­cié de tous. Respect.

Né en 1916 dans le Mis­souri, rien ne te pré­des­ti­nait vrai­ment à bos­ser pour les médias. Encore moins ton pas­sage chez les scouts, plus adeptes du feu de camp et de toques en raton laveur que de l’ambiance à la fois sur­vol­tée et feu­trée d’une rédac­tion. Et pour­tant, déjà au col­lège San Jan­cito au Texas — à Hous­ton, où tu as démé­nagé -, tu crées un jour­nal pour l’établissement ! Rebe­lote lorsque tu passes à l’université d’Austin où tu apportes ta touche au Daily Texan, le canard du coin auto­géré par les étudiants. Tu étudies les sciences poli­tiques, l’économie et tout ce genre de choses que l’on requière pour le métier. Mais qu’à cela ne tienne, tu laisse tom­ber la fac sans aucun diplôme. Sache qu’une telle chose ne sau­rait être envi­sa­geable à notre époque ! Mais tu as tes rai­sons : des jour­naux locaux font déjà appel à toi. Tu t’affranchis du sup­port papier — un signe ! — et tu t’occupes des news pour une sombre radio de l’Oklahoma. Faute de goût notable, ton nom d’antenne (une obli­ga­tion à l’époque) est Wal­ter Wil­cox : entre le nom d’acteur porno, de per­son­nage de Buffy ou d’anabolisant, j’hésite encore.


Avouons tout de même que ça a moins de saveur qu’un débat Cohn-Bendit / Bayrou

Les années de guerre sont des années fastes te concer­nant puisque la par­tie de Risk géante entre Roo­se­velt, Hit­ler, Sta­line et Chur­chill fait de toi l’un des jour­na­leux en vogue : tu suis les opé­ra­tions, sur­vole les zones en B-17 , tu couvres même le D-Day ! Et quand tu penses que 60 ans plus tard, Jean-Claude Narcy nous endort lit­té­ra­le­ment devant le poste en remé­mo­rant cette petite sau­te­rie. Tu conti­nues sur ta lan­cée avec d’autres faits mar­quants tel que le pro­cès de Nurem­berg et autres délices du sys­tème sovié­tique à Moscou.

Et puis vient la bonne vieille télé­vi­sion. Ou plu­tôt jeune télé­vi­sion, qui étrenne tout juste ses vingt ans. A l’époque, on ne vend pas encore trop de cer­veau à Coca Cola et on ne couche pas dans les pis­cines en direct. A vrai dire, dans l’Amérique puri­taine on ne couche pas du tout, sauf pour pro­créer. Mais je t’accorde que le concept de Big Bro­ther n’est pas la meilleure chose qui soit arri­vée (Steevy Bou­lay, par exemple). Or donc, en 1950, CBS te recrute pour leur dépar­te­ment TV. Au fil des émis­sions tu gagnes en grade, ton style s’affine. Tu deviens un peu le petit père de toute une nation — c’est d’époque assu­ré­ment — lorsque vient ton tour de par­ler d’histoire ou d’annoncer les news. Néan­moins, le fait que tu décide de par­ler à la sta­tuette d’un lion appelé Char­le­magne, lors du Mor­ning Show dans les années 50 me laisse per­plexe. Mais cha­cun ses lubies, hein.

Tu accèdes au rang d’icône avec ton poste de pré­sen­ta­teur vedette du JT (par­lons jeune) de CBS en 1962. Tous les évène­ments de l’histoire amé­ri­caine et mon­diale pas­se­ront par ta voix : de l’assassinat de Ken­nedy et celui de Luther King à la Guerre du Viet­nam (Lyn­don John­son déclare avoir perdu le sou­tien de l’américain moyen lors que tu estimes que les US ont perdu la guerre) en pas­sant au Water­gate ou encore les pre­miers pas du très ins­piré Neil Amstrong, tout y est. Bref, de 1962 à 1981, c’est ton apo­gée. 64 ans bien tassé, tu prends alors ta retraite qui durera donc jusqu’à ce 18 Juillet 2009. 28 ans, autant dire que tu auras coûté au contri­buable coti­sant mais allez va, on te par­donne cela. Ce qui ne t’a pas empê­ché de faire des appa­ri­tions, des docu­men­taires, et de tou­cher 1,000,000$/an à titre hono­ri­fique dans les années 1980. Pas mal pour un non-diplômé d’université !


Dis, c’est toi qui ron­ronne là ?

Aujourd’hui, tu es reconnu par tes pairs — et à rai­son — comme un des jour­na­listes les plus pro­fes­sion­nels et intègres qui ait été. L’homme “en qui on avait totale confiance” , alors qu’aujourd’hui les pseudos-intellectuels et blo­gueurs influents vomissent sur la pro­fes­sion, David Puja­das annonce la mort de per­sonnes non décé­dées et nom de dieu, qu’il est bien coiffé ce Guy Lagache et qu’elle est appé­tis­sante cette Mélissa Theu­riau. Tu regret­te­ras peut-être de ne pas avoir eu une marion­nette pour les Gui­gnols ver­sion US, et je te com­prends. Ah, et passe le bon­jour là haut à Guy Lux, si tu le croises.

Mais je n’ai que trop parlé, après tout c’est toi le pré­sen­ta­teur ! Je te laisse donc le der­nier mot :

« Et c’est ainsi que vont les choses…»


Libre­ment ins­piré de cet excellent blog, même si mon article doit être bien en deça.

4 commentaires

Com­ment connais-tu quelqu’un d’aussi peu connu en France? :)
Je n’ai décou­vert son exis­tence que parce que sa mort est deve­nue un “tren­ding topic” sur twitter.

En tout cas, je suis tout à fait d’accord avec toi. Ca me sort par les yeux ces cri­tiques sur le jour­na­lisme tra­di­tion­nel qui pul­lulent sur les blogs et les com­men­taires. Parce qu’ils écrivent des billets, par­ti­cipent à des évène­ments qui s’apparentent à des confé­rences / démons­tra­tions presse, ils s’improvisent néo-journalistes sans le nom­mer ainsi bien entendu. Sauf que jour­na­liste, c’ est un vrai métier… même s’il faut que quelques rares blog­gers font un vrai tra­vail de fond et de cri­tique qui pour­rait s’y apparenter.

Allez, va. Je croise les doigts pour ton avenir ;)

par Angele le 21 juillet 2009 à 22:35. #

Décou­vert le per­son­nage à l’occasion d’une recherche sur les médias aux US, en fait ^^

par Spha le 23 juillet 2009 à 7:59. #

En fouillant un peu dans mes his­to­riques, je vois que quelques per­sonnes ont atterri sur mon blog via le tien. Intri­gué, je fouille un peu. Et j’ai l’impression que le des­tin me joue des tours car à chaque fois que je pense à aban­don­ner, il me vient un com­pli­ment. Donc je te remer­cie beau­coup, j’aimerais beau­coup savoir com­ment tu es tombé sur mon blog par contre et je tiens à te féli­ci­ter car le tien est vrai­ment agréable à lire. Au plaisir !

par Ubuesque le 2 septembre 2009 à 10:09. #

[…] Car sinon, je t’avouerai que je parle rare­ment des hongro-américains morts il y a 99 ans, seul un de tes illustres confrères y a eu le droit. Et puis c’était ça ou faire la nécro­lo­gie de Vick Ches­nutt (sombre indie) […]

par Joseph Pulitzer at (Spha) le 7 janvier 2010 à 17:06. #

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