Chiaroscuro Rooms
Un long post qui m’aura coûté près de 20€, un peu de verve putassière et surtout ma fidèle idée du cinéma sous le bras : y chercher le divertissement en premier lieu, et seulement après l’émulation intellectuelle plus poussée. Sans compter que le commentaire de film est au programme de certaines écoles de journalisme donc même si la forme est non respectée, ça me fait écrire. Au programme : The Ghost Writer, Nine, Shutter Island, Gainsbourg. Légers spoils. // The Ghost Writer (synopsis) Aussi paradoxal que cela puisse paraître, c’est bien le réalisateur le plus controversé du moment, Roman Polanski, qui propose le meilleur film. Alors, oui, passons tout de suite sur les écueils : le polar est convenu, Pierce Brosnan légèrement aussi, et parfois le déroulement de l’action peut sembler un peu longuet. Mais clairement, The Ghost Writer est un de ces films qui donne envie d’aller au cinéma. Tout d’abord parce que la réalisation est impeccable, aussi bien sur la photographie du film que la composition des scènes (le jardinier qui voit son travail s’envoler, le garde du corps un peu trop aux ordres…). Et je ne peux pas ne pas mentionner les lieux du film : une superbe maison sur une île à la fois intrigante et avec une impression de fin du monde. Car la maison fait aussi un peu bunker… Bref, Polanski sait parfaitement jouer sur l’ambiance avec des détails de chaque instant et finalement le spectateur reste seul face à l’histoire et est happé dedans, comme l’est Ewan McGregor dont on n’a finalement jamais le nom durant le film, remplissant totalement sa fonction de ghost writer (le terme anglais pour nègre littéraire). Enfermé seul dans le monde d’Adam Lang, seul Britannique ou presque en Amérique, seul sans attache familiale, seul à vouloir découvrir le pourquoi de la mort de son prédécesseur etc etc. Bref, un divertissement de premier ordre, qui en plus laisse la place aux détails et qui remplit sa fonction intellectuelle. D’ailleurs, la fin du film, bien que frustrante nous renvoie encore à cette idée de fantôme, comme si McGregor n’avait existé pour personne. Si le film est bon, c’est aussi grâce à des acteurs eux aussi très à l’aise dans leurs rôles et qui jouent efficacement notamment Ewan McGregor et Olivia Williams. Sauf peut-être Pierce Brosnan, un peu trop caricatural et surtout Kim Cattrall un peu sans saveur car elle surjoue totalement le rôle de l’attachée de presse glaciale. M’enfin. Dans les autres points forts, quelques répliques bien senties et parfois un peu d’humour comme pour relâcher l’étau autour de l’écrivain. Polanski propose donc un polar bien ficelé, dont le dénouement est à la fois frustrant mais réussi et je resigne volontiers pour voir plus souvent ce type de films rondement menés. A voir, très bon. // Nine (synopsis) Il est toujours dur de passer après quelqu’un considéré – à tort ou à raison d’ailleurs – comme un génie. Avec Nine, Rob Marshall prenait le pari risqué de passer derrière le Huit et demi de Frederico Fellini. Soit. En sus de cela, on nous proposait un casting à faire pâlir Soderbergh dans sa saga Oceans : Daniel Day-Lewis, Marion Cotillard, Nicole Kidman, Penelope Cruz… Alors forcément, il en fallait peu pour rater le coche et c’est ce dans quoi Nine s’est engouffré : le raté. Non pas que le film soit totalement à jeter mais le bât blesse de nombreuses fois. Des choix douteux : Stacy Ferguson aka Fergie était là pourquoi au fait ? Représenter la beauté fellinienne plantureuse ? Raté. Daniel Day-Lewis n’est absolument pas fait pour ce rôle, malgré tout le respect que j’ai pour lui : le rôle de Guido Conti doit dépasser le simple personnage tragicomique ce qu’un acteur cantonné à des personnages comme There Will Be Blood ne peut pas endosser, avec un accent miteux en italien. Sans compter une désagréable impression de succession de scènes avec une actrice attitrée qui disparait par la suite, toujours dans le même décor quasi-inchangé. Rob Marshall a aussi un peu trop forcé dans le kitsch flamboyant : Penelope Cruz par exemple est une des rares actrices à se démener de façon positive mais elle est tellement affublée d’un rôle ridicule qu’elle s’en sort à peine. Sans compter un choix des musiques – crucial dans un film musical – et une chant qui déçoivent énormément (oui Day-Lewis n’est pas chanteur/danseur, au fait). Au rayon des satisfactions tout de même, Nicole Kidman, pas très inspirée mais qui parvient à tenir sa « partie » … dommage qu’elle ne dure que peu de temps. Et surtout Marion Cotillard, que je ne cite pas par pur chauvinisme mais qui, en jouant le rôle de la femme trompée, est finalement celle qui est la moins accablée d’effets épileptiques et inutiles de la comédie musicale selon Marshall. Décevante dans les films français, j’aime bien voir Marion dans les films étrangers. Bref Nine est raté car il en ressort de l’ennui et aucun émotion, et c’est bien le pire pour un film musical. La frustration est d’autant plus grande vu le choix du sujet, vu les attentes que l’on avait légitimement placé dans ce film, il y avait des possibilités fantastiques sur un écran comme transposer la Dolce Vitta des années 1960 et proposer quelque chose d’original et stupéfiant, ou de pousser le coté bordélique bien plus loin sans en faire quelque chose de ridicule. Mais non, c’est juste un montage répétitif de deux heures de scènes bouffies et sans saveur, ou presque. A éviter. — Mais aussi, plus brièvement car ils ont déjà été chroniqué par à peu près tout le monde : Shutter Island et un retour sur Gainsbourg, vie héroique. // Shutter Island (synopsis) Tonton Marty n’est plus le génie d’antan. Mais en tout cas, il se place toujours au dessus du lot général des réalisateurs. Aidé par un roman efficace à la base de M. Dennis Lehane, Shutter Island n’est pas pour moi une déception mais il ne mérite pas non plus les…