Walter Cronkite

Ah, Walt’. Malheureusement, en France, tu as vécu et tu es décédé dans l’oubli. Et pourtant, dire que tu es celui qui a popularisé le présentateur TV dans toute sa grandeur, ça ne serait pas volé. Et ton décès est presque habilement pensé, en pleine période de polémique sur le journalisme et ses exécutants, et à quelques jours de l’anniversaire des premiers pas de l’homme sur la Lune, que tu avais commenté en direct. Loin de moi l’idée de dire que « c’était mieux avant », mais tu auras incarné l’image type du journaliste intègre apprécié de tous. Respect.

Né en 1916 dans le Missouri, rien ne te prédestinait vraiment à bosser pour les médias. Encore moins ton passage chez les scouts, plus adeptes du feu de camp et de toques en raton laveur que de l’ambiance à la fois survoltée et feutrée d’une rédaction. Et pourtant, déjà au collège San Jancito au Texas – à Houston, où tu as déménagé -, tu crées un journal pour l’établissement ! Rebelote lorsque tu passes à l’université d’Austin où tu apportes ta touche au Daily Texan, le canard du coin autogéré par les étudiants. Tu étudies les sciences politiques, l’économie et tout ce genre de choses que l’on requière pour le métier. Mais qu’à cela ne tienne, tu laisse tomber la fac sans aucun diplôme. Sache qu’une telle chose ne saurait être envisageable à notre époque ! Mais tu as tes raisons : des journaux locaux font déjà appel à toi. Tu t’affranchis du support papier – un signe ! – et tu t’occupes des news pour une sombre radio de l’Oklahoma. Faute de goût notable, ton nom d’antenne (une obligation à l’époque) est Walter Wilcox : entre le nom d’acteur porno, de personnage de Buffy ou d’anabolisant, j’hésite encore.


Avouons tout de même que ça a moins de saveur qu’un débat Cohn-Bendit / Bayrou

Les années de guerre sont des années fastes te concernant puisque la partie de Risk géante entre Roosevelt, Hitler, Staline et Churchill fait de toi l’un des journaleux en vogue : tu suis les opérations, survole les zones en B-17 , tu couvres même le D-Day ! Et quand tu penses que 60 ans plus tard, Jean-Claude Narcy nous endort littéralement devant le poste en remémorant cette petite sauterie. Tu continues sur ta lancée avec d’autres faits marquants tel que le procès de Nuremberg et autres délices du système soviétique à Moscou.

Et puis vient la bonne vieille télévision. Ou plutôt jeune télévision, qui étrenne tout juste ses vingt ans. A l’époque, on ne vend pas encore trop de cerveau à Coca Cola et on ne couche pas dans les piscines en direct. A vrai dire, dans l’Amérique puritaine on ne couche pas du tout, sauf pour procréer. Mais je t’accorde que le concept de Big Brother n’est pas la meilleure chose qui soit arrivée (Steevy Boulay, par exemple). Or donc, en 1950, CBS te recrute pour leur département TV. Au fil des émissions tu gagnes en grade, ton style s’affine. Tu deviens un peu le petit père de toute une nation – c’est d’époque assurément – lorsque vient ton tour de parler d’histoire ou d’annoncer les news. Néanmoins, le fait que tu décide de parler à la statuette d’un lion appelé Charlemagne, lors du Morning Show dans les années 50 me laisse perplexe. Mais chacun ses lubies, hein.

Tu accèdes au rang d’icône avec ton poste de présentateur vedette du JT (parlons jeune) de CBS en 1962. Tous les évènements de l’histoire américaine et mondiale passeront par ta voix : de l’assassinat de Kennedy et celui de Luther King à la Guerre du Vietnam (Lyndon Johnson déclare avoir perdu le soutien de l’américain moyen lors que tu estimes que les US ont perdu la guerre) en passant au Watergate ou encore les premiers pas du très inspiré Neil Amstrong, tout y est. Bref, de 1962 à 1981, c’est ton apogée. 64 ans bien tassé, tu prends alors ta retraite qui durera donc jusqu’à ce 18 Juillet 2009. 28 ans, autant dire que tu auras coûté au contribuable cotisant mais allez va, on te pardonne cela. Ce qui ne t’a pas empêché de faire des apparitions, des documentaires, et de toucher 1,000,000$/an à titre honorifique dans les années 1980. Pas mal pour un non-diplômé d’université !


Dis, c’est toi qui ronronne là ?

Aujourd’hui, tu es reconnu par tes pairs comme un des journalistes les plus professionnels et intègres qui ait été. L’homme « en qui on avait totale confiance » , disent-ils. Tu regretteras peut-être de ne pas avoir eu une marionnette pour les Guignols version US, et je te comprends. Ah, et passe le bonjour là haut à Guy Lux, si tu le croises.

Mais je n’ai que trop parlé, après tout c’est toi le présentateur ! Je te laisse donc le dernier mot :

« Et c’est ainsi que vont les choses…»


Librement inspiré de cet excellent blog.