Hel(sinki) yeah ?

Voyager, c’est parfois un truc névrotique – la lecture de la Géographie de l’instant de Sylvain Tesson donne l’impression d’être le psy de l’auteur, c’est ahurissant. Dans le genre, souvent, je me suis demandé ce que je saisissais vraiment : l’âme d’une ville, celle que je veux en voir, celle que le Routard m’amène à voir ? La plupart de mes escapades se limitant financièrement à quelques jours, je me questionne sur les ressentis que j’en retire réellement.

Du coup, à Helsinki, seule zone nordique restée hors de mon radar, je n’ai pas perçu le sisu dont on me parlait. En finnois, c’est le mot qui veut dire l’état-d’esprit-et-d’abnégation-qui-permet-aux-Finlandais-d’y arriver comme ils le souhaiteraient (ça se place tranquille, en soirée, entre deux petits fours, oui). Je n’avais pas choisi non plus ces périodes fantasmées de l’hiver et son manteau neigeux (comme pour Stockholm) ou l’été (comme pour Copenhague), mais un mois d’avril. Tout ce qu’il y a de plus dépassionné.

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Éloge de l’aléatoire

Après tout, c’est quoi, deux ans ? Ça dépend où est placé le curseur.

Chez les mômes, on compte encore en mois, c’est dire. Et c’est important, les mois. Gallia en a même fait son fond de commerce : fais gaffe, parent indigne, tu vas donner de la nourriture 16 mois et non neuf. Chez les seniors, ce ne seront que deux années de plus. En politique, c’est à peu près l’interminable course de fond nauséeuse d’une campagne d’élection présidentielle. En handball, le temps entre deux médailles d’or de l’équipe de France (presque).

Sur Internet, par contre, c’est une éternité. Vous vous souvenez du meme sur le chapeau de Pharrell ? De celui de Luis Suarez qui mordait à tout va ? Qu’un million de joueurs ont joué ensemble à Pokémon (oui, oui) ? C’était en 2014.

Deux ans, c’est aussi le laps de temps depuis lequel j’ai un boulot stable. Celui depuis lequel j’avais arrêté de bloguer. La dure compatibilité d’un métier d’écriture sérieuse et écrire futile à côté. Alors oui, la motivation de ce blog reste préhistorique : ni but professionnel, ni thématique. Un peu comme en 2007.

Rien de précis, ni demandé. C’est justement ça qui est plaisant : l’aléatoire.

(Par contre, la purge des archives n’a pas été aléatoire. Tout ne s’assume pas si facilement. (Coucou, C. D.))

Gian Lorenzo, Michelangelo et nous et nous et nous

La première chose qui différencie l’homme de l’esthète, c’est le travail du marbre. Prenez une statue du Bernin. Lorsque Le Rapt de Proserpine rentre dans votre champ de vision, la première sensation c’est la beauté de l’ensemble. La seconde sensation, c’est la fantastique attention portée aux détails par le maître napolitain : la chevelure, le cerbère, les drapés. Jusqu’à la pression des doigts du dieu des enfers sur la chair de la jeune fille. La troisième sensation, c’est évidemment le génie devant cette scène figée et pourtant virtuose.

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Une fois encore, c’est le long d’un fleuve que tout s’est joué. Cette fois, il s’agissait du Tibre, un peu plus de 400 kilomètres au compteur et de drôles d’histoires impliquant une louve et deux rejetons dans un panier en osier. Alors, cette fois là, on a remonté ce fleuve.

Le taxi blanc filant à vive allure dans la nuit romaine a d’abord laissé apparaitre l’étrangeté proposée par le quartier de l’EUR (Esposizione Universale di Roma), rêve architectural fasciste des années 30 devenu lieu de joies dopées à l’adrénaline à l’occasion des Jeux Olympiques de 1960. Au milieu de ce qui est désormais un quartier d’affaires et de loisirs, s’élève alors le Palais de la civilisation italienne, bâtiment à la fois épuré et antique, sorte de Colisée passé dans un moule carré.

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Stockh.olm

J’ai bien souvent idéalisé Stockholm, une ville où je n’ai pourtant que trop peu mis les pieds à mon goût.

Stockholm, dans mon esprit, c’est un peu cette jeune fille aux cheveux dorés qui flânerait devant moi. Avec la lumière du jour, celle de ces journées où le printemps ne s’est pas encore décidé à partir, amenant un léger vent frais. Une scène de photo Polaroïd, en somme – ou de vulgaire iPhone passé au filtre Instagram.

Forcément, je l’ai suivie.

Tout a commencé sous un ciel orangé, qui crachait d’épais flocons.

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Une histoire de Nerviòn

Comme d’habitude, tout est parti d’un fleuve qui serpente. Ça commence toujours comme ça. Celui-là, il s’appelle le Nervión, à cause d’une sombre histoire d’empereur romain. Bilbao n’est de toute façon pas à un écart étymologique non espagnol près. Ce qui fait la renommée de la ville depuis bientôt plus de dix ans possède un nom à consonance germanique : le Museo Guggenheim. Trop peu de points au Scrabble pour un mot avec autant de G.

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