True Narrative

Nous sommes en avril. L’hiver est arrivé et, avec lui, le retour d’une certaine frustration culturelle. J’aimerais vraiment être de ces personnes accros à Game of Thrones. Contribuer à cette grande course au piratage¹ à chaque nouvel épisode. Faire des blagues d’initiés à base de nains, de nudité et d’éviscérations. La série est effectivement bien foutue, sans compter qu’il y a un univers incroyable pour porter cette machine de guerre télévisuelle. Seulement voilà, je manque à chaque fois le dernier barreau de l’échelle, je ne ressens jamais la petite étincelle du « wow ».

En 2014, HBO a semble-t-il entendu ma peine. Le réseau américain a sorti — pour changer — l’artillerie lourde avec True Detective, un des projets les plus alléchants depuis un petit moment. Visez un peu : Matthew McConaughey (Rust) et Woody Harrelson (Marty) en flics/détectives totalement opposés + la Louisiane comme terrain de jeu + la traque d’un tueur en série amorcée en 1995 mais racontée dix-sept ans plus tard à grand coups de flashbacks. Huit épisodes plus tard, cela faisait longtemps que je n’avais pas été autant convaincu par une série. Peut-être parce que celle-ci répond à une de mes attentes : si l’histoire importe, la manière de la raconter également.

« Nul n’entre ici s’il a peur des spoilers ».
(cela dit, je ne balance pas les choses les plus importantes, no worries)

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L’Heure (de la Beeb)

En pleine frénésie des Emmy Awards et dans la course à l’échalote au tout-dernier-pilote-de-la-dernière-série-hype, retour sur l’été de la BBC America qui diffusait une série qui restera sûrement confidentielle au bataillon : The Hour. Confidentielle, mais à mon avis porteuse de nombreuses questions sur l’avenir des séries hors des superproductions à la Lost, Mad Men, The Wire etc. En l’occurrence, Mad Men.

Londres, 1956. La BBC s’apprête à casser les codes de l’info télévisée telle qu’on la connaissait auparavant au travers d’une émission phare : « The Hour ».

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Félineries.

Je porte rarement aux nues des produits culturels, car il n’y a que peu de choses aussi chiantes que les articles « La Discographie idéale », (salut Philou Manoeuvre !) « La parfaite bibliothèque du Khâgneux » ou « La BDthèque à Papa ». Lorsque je ponds un article élogieux ou une grosse critique, d’ailleurs, c’est souvent sur des œuvres déjà encensées et/ou super-connues : Rome, Inception, Discovery, Cent Ans de Solitude. Mais j’avais jusque là négligé le support BD, et il était temps de réparer l’injustice en disant tout le bien que je pense de la série Blacksad, peut-être la meilleure de ce début de siècle (oui, ça, c’est juste pour l’épate).

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Discovery ou la Soirée collégienne

Forcément, si je vous dis que Tron 2 (Tron Legacy) va sortir en Décembre, vous vous en contrefoutez. Et pour cause : c’est un Disney avec de vrais acteurs ; ça raconte une histoire de monde virtuel-jeu vidéo géant où l’on fait des courses de moto lumineuses et combats de regards sous la visière ; il y a certes Jeff Bridges (bien) mais pas dans un rôle de cradingue (Crazy Heart), plutôt celui de père indigne lifté numériquement.

Bon.

Pourtant, je suis impatient comme jamais : y a les Daft Punk aux commandes de la bande originale ! Comment expliquer cet engouement ? Peut-être parce que c’est seul le groupe qui m’a un jour motivé à faire un brouillon de critique d’album, un genre qui m’est totalement étranger, sur Discovery. La coïncidence a voulu que je retrouve ce document Word, presque treize ans jour pour jour après mes premières écoutes d’Homework (1997). C’est beau les coïncidences (et vous pouvez verser une larme). Alors, en hommage aux deux artistes qui ont été mon sujet libre à l’oral de l’école de journalisme de Bordeaux, on dépoussière son étagère et on saisit son CD qui sent le vécu.

J’enfile mon habit de Michael « vieux sage snob » Caine, et on y va.

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C’est (toujours) la crise.

Je pense qu’on a tort de dire que Marx est mort. Marx est mort, évidemment, ça ne fait aucun doute, un enfant de six ans peut comprendre que Marx est mort à partir du moment où tu lui expliques qu’il est né il y a 150 ans, que c’était un homme normal et tout ça. Bon. Ce que je veux dire, c’est que… Marx, les idées de Marx restent valables à partir du moment où … quand on les regarde heu… sans a priori heu … sans chercher à faire de l’antimarxisme primaire c’est… Voilà, c’est une question d’antimarxisme primaire c’est… Quand on regarde la situation sociale, tout ça, on s’aperçoit bien que malgré tout euh… Marx reste valable hein, pour pas mal de trucs en ce qui concerne les conditions de travail ou les rapports avec les patrons euh… les acquis sociaux, le partage du temps de travail, on s’aperçoit bien qu’il y a quand même quelque chose de vrai dans cette histoire de lutte des classes et que va dire à un mec qui a plus de boulot que le capitalisme c’est mieux que le communisme, tu verras ce qu’il te dira… Hein les gars ! A mon avis on comprend mieux Marx quand on est licencié, mais bon… C’est… ce que je pense, c’est que Marx a dit des choses qui restent valables dans la mesure où il les pensait heu … en accord avec son époque et … que maintenant ça reste valables aussi pour des tas de … (…) Bon quand il parle de la victoire du prolétariat bon ben, ca veut dire quelque chose hein ! C’est pas n’importe quoi, ça nous interroge quand même hein parce que faut dire ce qui est, le prolétariat, hein les gars ! Je pose la question. (…) Ils rigolent parce que évidemment, ils font tout pour nous faire croire que Marx est mort, qu’il n’y a plus rien à dire là-dessus et que c’et terminé heu… puisqu’il est mort. Alors là Marx est mort, ils font courir le bruit partout, dans les journaux, à la télévision. A la télévision tous les jours : 2360 jours que Marx est mort et n’a toujours pas réapparu… Compris ? Hein ! Ils savent y faire. T’inquiète pas pour eux. Et puis comme ça alors il les emmerde plus parce que hein, il faut dire qu’il les a quand même salement emmerdés hein les gars ? Il a quand même drôlement mis des bâtons dans les roues du capitalisme avec ses idées de lutte des classes, la victoire du prolétariat et tout ça. Toutes les luttes… parce que les acquis c’était pas inné euh… c’est acquis justement. (…) Comment j’peux vous dire ça moi les gars, si nous on pense que Marx est mort, alors c’est fini, c’est la porte ouverte à tous les abus, ils peuvent se permettre n’importe quoi. Vu que Dieu il est mort lui aussi alors il reste quoi ? Ils auraient tort de se gêner. Dieux on ne sait même pas s’il est né. Marx on dit qu’il est mort d’accord, si on veut, mais on sait au moins qu’il est né, ça ils ne peuvent pas le nier, alors c’est un avantage considérable parce qu’on est pas tout le temps en train de se dire : « Mais t’es sûr qu’il a dit ça Marx ? T’es sûr qu’il a existé Marx ? » ou des trucs comme ça. Hein ! Marx il est mort si on le veut bien. Ca meurt pas des types comme ça, c’est… Marx s’il était là, mettons qu’il est là hein… alors il dirait sans doute les choses. Il dirait que toutes les choses sont devenues difficile à comprendre avec la télé tout ça, mais il dirait aussi : « Attendez les gars, j’ai pas dit mon dernier mot, laissez-moi un peu de temps pour analyser tout ce bordel et je vais vous dire comment ça marche ». Et il aurait écrit un livre sur tout ça et ça aurait éclairé tout le monde ! (…) Si nous on pense que Marx est mort alors c’est terminé. Et on peut parler comme ça pendant longtemps … Parce que vous ne me ferez pas croire que la lutte des classes ça n’existe plus ? Avec toute cette inégalité qu’on voit partout, vous ne me ferez pas croire qu’elle n’existe pas. Chaque type exclu est une sorte d’inégalité à lui tout seul… et tous ces types s’excluent les uns les autres sans arrêt à n’en plus finir et on ne voit pas comment ça peut… (…) Marx seul sait. Parce que les gars, un coup de Marx et ça repart, hein les gars on est bien d’accord ? (…)

Rémi de Vos, Débrayage