Stockh.olm

J’ai bien souvent idéalisé Stockholm, une ville où je n’ai pourtant que trop peu mis les pieds à mon goût. Stockholm, dans mon esprit, c’est un peu cette jeune fille aux cheveux dorés qui flânerait devant moi. Avec la lumière du jour, celle de ces journées où le printemps ne s’est pas encore décidé à partir, amenant un léger vent frais. Une scène de photo Polaroïd, en somme – ou de vulgaire iPhone passé au filtre Instagram. Forcément, je l’ai suivie. Tout a commencé sous un ciel orangé, qui crachait d’épais flocons.

Que reste-t-il de nos amours ?

En l’an de grâce 2011, deux choses sont devenues très désagréables. Ces gens qui ne t’ont envoyé qu’un seul mail dans leur vie et, lors de leur inscription sur Viadeo, ont coché l’option Inviter mon carnet d’adresses. Honnêtement, un « Coucou, tu veux voir mon CV » est aussi désagréable qu’un « Enlarge your penis ». C’est sale, et c’est (sûrement) de la publicité mensongère. Deuxième chose, tous ces fluokids, Bac S au rabais en poche qui parlent jeu vidéo en laissant de côté les chefs d’œuvre des 90′s. Bon, j’en avais déjà parlé, mais plus le temps passe, plus je suis addict au retro-gaming. Sûrement un syndrome vieux con ayant connu les 90′s, comme d’autres ont la crise de la quarantaine. Et hier c’était les 20 ans de l’apparition de Sonic. De fil en aiguille, j’en suis arrivé à Rayman 1 – avec un bon coup de pouce de l’excellent Barre de Vie. Allez, hop, je ressors les vieilleries. Délesté de 4€, me voilà reparti à l’ancienne avec la précision légendaire (aherm) des touches directionnelles de mon netbook. Il manquait presque les Pogs sur mon bureau et un CD 2 titres des Bucketheads. Bref, le constat reste que les meilleurs jeux auxquels j’ai consacré de quelques minutes à plusieurs (dizaines d’) heures sont majoritairement sortis avant les années 2000 : Rayman 1, Heroes of Might and Magic, les premiers Sonic (justement) sur MegaDrive – autant dire que les fêtes d’anniversaire de CM1, c’était la guerre à coup de « une vie chacun » pour être le premier à flanquer des baffes à Robotnik – Mystic Quest, Zelda Ocarina of Time. Alors, je ne renie pas la très grande qualité de certains jeux récents. Mais je doute que les Lapins Crétins, par exemple, restent marquants et officient comme des madeleines de Proust pour un gosse comme l’aura été Rayman 1 pour moi. Le jeu vidéo n’a pas perdu en qualité, bien au contraire. Mais je pense qu’il s’est désacralisé, et c’est bien dommage. Voilà pour l’interlude vieux con, sur ce je suis bloqué dans le niveau musical du jeu. Rétrospectivement, j’étais un peu un guerrier du clavier en culotte courtes, en 1996. La prochaine fois, quelques tuyaux pour gagner à coup sûr une pile de Pogs sans trop de mauvaise foi (« mais si, regarde, il est presque retourné, c’est tout comme ! »). Bordel.

Une histoire de Nerviòn

Comme d’habitude, tout est parti d’un fleuve qui serpente. Ça commence toujours comme ça. Celui-là, il s’appelle le Nervión, à cause d’une sombre histoire d’empereur romain. Bilbao – prononcez Bilbo – n’est de toute façon pas à un écart étymologique non espagnol près. Ce qui fait la renommée de la ville depuis bientôt plus de dix ans possède un nom à consonance germanique : le Museo Guggenheim. Trop peu de points au Scrabble pour un mot avec autant de G.

Draw It Like Moebius

En vingt-et-un ans d’existence, dont une bonne quinzaine à lire de la bande dessinée, je n’avais pourtant jamais mis les pieds au festival d’Angoulême. Trop loin, trop charentais, trop je ne sais pas. Paradoxal quand on sait que je dévore les Blacksad, les reportages de Joe Sacco et que le mot culture englobe aussi bien Astérix chez les Corses qu’un énième Ingmar Bergman long et ennuyeux. Bref. Le hasard a voulu que je sois en école de journalisme, et à Bordeaux. L’occasion était donc rêvée d’obtenir une accréditation « presse » pour le festival d’Angoulême, située à une heure et demie à peine. L’école était opé’, les chargés de Relation Presse du Festival aussi : banco. Autant dire que l’expérience a été mitigée. Il y a eu évidemment du bon : pouvoir rentrer partout sans attendre (huhu), les boissons de la salle de presse (mojito gratuits servis dès le matin, epic), des expos et conférences intéressantes, de bonnes initiatives (salles de lecture de BDs en libre accès) et surtout des dessinateurs indés qui se prêtent au jeu de notre dossier Angoulême : dessiner le diable, puisque nous travaillions sur le numéro 666 d’Imprimatur, notre canard d’apprentis-journalistes. En somme, du futile, de l’utile et un superbe mug dessiné par Lewis Trondheim. Oui, je suis consumériste, touriste de base et je vous emmerde. Ah, je suis trop faible face au merchandising, bordel. Au-delà de ça, il y a quand même eu beaucoup de points négatifs. Le prix journalier pour accéder aux chapiteaux va jusqu’à 14€ ! Et pourtant, ils sont tellement nombreux à payer ce prix qu’Angoulême ressemble généralement à une fourmilière dans laquelle un gamin aurait tapé : des milliers de fourmis, dans tous les sens, jusqu’à l’irrespirable. Entre autres. Malgré son aspect de grosse foire-à-la-dédicace-et-au-fric (sur le stand Soleil, les pauvres dessinateurs en rang d’oignon me faisaient penser à des vaches que l’on trait jusqu’à plus soif), le Festival m’a quand même semblé être le pouls du monde de la bédé. Ce dernier est, selon l’avis de certains (dont moi) au bord du sur-régime : on est à plus de 5000 titres publiés chaque année, dont la plupart restent ‘underground’ (ça ne vous rappelle rien ?). Bref, une sphère assez proche de celle du ciné ou de la musique : avec ses vieux de la vielle, ses génies 2.0 (pas de MySpace, mais des blogs), ses dessinateurs insupportables et ses majors. Majors, qui pour le moment, gardent leur public. Mais quand on voit certains abus d’Angoulême : dédicaces de Pénélope Bagieu tarifées (!) chez Gallimard, ticket de caisse demandé chez Delcourt (!!)… Bref, une journée au goût amer même si elle s’est plutôt bien achevée sur une projection presse de Tron Legacy, et Olivia Wilde en combi fluo pendant 2h06 (vous ai-je déjà dit que ce métier était rempli d’astuces de truand ?). Ce qui sauve à mon avis la BD, et par extension Angoulême, c’est la qualité intrinsèque du Neuvième Art. Le palmarès du Festival 2011 est très bon, avec des artistes confirmés ou des jeunes talentueux : l’excellent Art Spiegelmann a ainsi remporté le Grand Prix. A titre de comparaison, Zaz se produit aux Victoires de la Musique et M. Pokora a remporté un NRJ Music Awards. Mais quand on voit les majors musicales, cette fois, j’ai envie de dire qu’on n’a que les artistes qu’on mérite. — J-School Stage ! J’apporte donc toutes les deux semaines ma modeste contribution à ‘Imprimatur‘. Hebdomadaire, quarante-trois années d’existence, deux équipes de dix-huit rédacteurs. Je peux même vous faire parvenir des numéros papier, si vous êtes sur Bordeaux.

Cent Ans de Solitude

J’ai un feeling particulier avec l’ambiance d’un film, d’un livre, d’une musique. Car je ne suis pas expert culturel et je ne prétends pas spécialement juger la dernière Palme d’Or sur la grammaire cinématographique du film primé, ni sur les accords ou textures d’un album. A la limite, j’essaierai crânement de placer deux-trois mots où je suis sûr de pas trop avoir être mis en porte-à-faux. Histoire de faire croire que, oui, je connais mon sujet moi môssieur ; ou argument de drague douteux. Mais vraiment pas plus, ce qui expliquerait d’ailleurs sûrement mon rejet de toute forme de magazine culturel qui parait en France. Bref. C’est ainsi que j’ai beaucoup aimé Collateral qui non seulement est un film rondement mené mais surtout une superbe succession de plans de Los Angeles de nuit. Ou encore Dans la brume électrique (2008) de Tavernier, qui pâtit de défauts intolérables quant au scénario et au jeu de certains acteurs mais dont l’ambiance du bayou est une merveille du genre. Moite, suintante, immersive. Au départ, quand je me suis enfin décidé à lire Cent Ans de Solitude (de Gabriel Garcia Marquez, prix Nobel 1982) cet été  – six mois après qu’on me l’ait offert et un concert de louanges de la part de diverses personnes de bon goût – , je me suis dit que j’allais faire ici même une critique en bonne et due forme, où on parlerait profondeur des personnages, de grands thèmes etc. Mais ça serait dommageable pour un livre qui est encore plus appréciable selon quand on n’en connait que le strict nécessaire, c’est-à-dire la quatrième de couverture. Cent Ans de Solitude est un chef d’œuvre, ni plus ni moins. A la fois réaliste mais également rempli d’éléments oniriques, fantastiques et fantasques, le livre raconte la vie d’une village perdu aux confins de l’Amérique Latine pendant près d’un siècle. C’est d’une qualité de narration assez incroyable, savoureux et c’est une de ces histoires à la frontière avec la réalité, dans la brume, dont on est imprégné de l’ambiance encore longtemps après. Bon, il y a quand même trop de personnages qui s’appellent Aureliano huhu. — Photo : John Carey (fiftyfootshadows.net)