Parmi les choses qui m’ont marquées lors de mon escapade à Rome, c’est de voir, en l’espace de cinq minutes d’attente dans une restaurant, combien la télé italienne se plaît à ressembler au cliché que l’on donne d’elle. Boursouflée. Toujours le même type de présentateur, vaguement gominé et indéniablement grande gueule. Une robe en strass clinquante, des cheveux blonds et des seins refaits pour lui tenir compagnie. En trois exemplaires.

Heureusement, les Italiens n’en sont pas dupes. Au cinéma, il y a donc récemment eu « Reality », qui dépeint une sorte de Loft Story improbable à la sauce napolitaine. Le film est plutôt chouette — je sors « truculent » du chapeau des-mots-à-sortir-en-société —, même s’il possède quelques défauts agaçants. Coté littérature, le hasard fait bien les choses puisque quelques jours avant, j’avais fini « Comme Dieu le veut », de Niccolò Ammaniti.

Ce dont nous allons parler. Mais après une image de bromance qui a toujours son petit succès.

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La première chose qui différencie l’homme de l’esthète, c’est le travail du marbre. Prenez une statue du Bernin. Lorsque Le Rapt de Proserpine rentre dans votre champ de vision, la première sensation c’est la beauté de l’ensemble. La seconde sensation, c’est la fantastique attention portée aux détails par le maître napolitain : la chevelure, le cerbère, les drapés. Jusqu’à la pression des doigts du dieu des enfers sur la chair de la jeune fille. La troisième sensation, c’est évidemment le génie devant cette scène figée et pourtant virtuose.

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Une fois encore, c’est le long d’un fleuve que tout s’est joué. Cette fois, il s’agissait du Tibre, un peu plus de 400 kilomètres au compteur et de drôles d’histoires impliquant une louve et deux rejetons dans un panier en osier. Alors, cette fois là, on a remonté ce fleuve.

Le taxi blanc filant à vive allure dans la nuit romaine a d’abord laissé apparaitre l’étrangeté proposée par le quartier de l’EUR (Esposizione Universale di Roma), rêve architectural fasciste des années 30 devenu lieu de joies dopées à l’adrénaline à l’occasion des Jeux Olympiques de 1960. Au milieu de ce qui est désormais un quartier d’affaires et de loisirs, s’élève alors le Palais de la civilisation italienne, bâtiment à la fois épuré et antique, sorte de Colisée passé dans un moule carré.

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C’est quand j’ai tendu le bras que j’ai compris. Un mouvement simple, pourtant. Comme j’en fais des centaines par jour avec cette même masse osseuse, musculaire, innervée. Mais ce déploiement-là, cette seconde où ce rouage anatomique s’est mis en marche une nouvelle fois par automatisme, j’ai réalisé que le couperet était tombé. Pour de bon. Et il était trop tard, le badge avait déjà quitté mes doigts.

Il n’était pourtant pas très beau, ce bout de plastique blanc, avec son film protecteur. Dénué de toute fantaisie colorée mais juste, dessus, mon nom et mon prénom. Un peu comme les serviettes de bain tricotées à ton nom par tes parents, de peur que le petit Cédric ne te les piquent lors de la classe verte, par inadvertance. Ou par pure volonté de nuire car soyons réalistes, les gosses de sept ans ne respectent décidément plus rien.

Mais contrairement au linge de maison, qui ne sert objectivement à rien d’autre que ce pourquoi il a été produit, il y avait dans ce badge tout le plaisir aristocratique de posséder un lieu. Celui de mon école de journalisme bordelaise, dont tous les recoins s’ouvraient en un bip sonore et un bruit de loquet métallique qui bat en retraite.

Il aura été chèrement acquis ce badge. J’en ai eu des ersatz de lui, qui étaient bien plus stylisés mais beaucoup moins utiles. Au lycée, à l’époque où je ne savais pas encore si négociant en vin, journaliste, archéologue ou patron d’une major était le meilleur choix pour m’entourer de stilettos, ça servait juste à ouvrir le garage à vélo. Et vu que je n’étais ni Lance Armstrong, ni Lætitia Casta, j’ai vite laissé tomber mon rutilant deux-roues et le badge qui allait avec. Surtout quand il pleuvait. Aucune symbolique.

Son successeur en prépa, au moment où j’ai compris que les tables de multiplication seraient ma limite personnelle de compréhension des mathématiques, malgré un bac scientifique en poche, faisait honneur à mon cursus. Étudiant en hypokhâgne, khâgne, plongé dans les bouquins : rien de tel qu’un vulgaire bout de carton mauve pour jouer le rôle du badge, rabougri par ses déformations successives dans la poche et son taux waterproof au plus bas. Une seule fonction utile : marque-page. Il doit d’ailleurs dormir dans l’un de ces manuels que tout bon khâgneux doit acheter mais n’arrive jamais à revendre.

Celui de la Sorbonne ne servait à rien non plus, mais déjà, il avait plus de symbolique. Il permettait, face au molosse à costume bleu, cheveux gominés et ramenés en arrière, l’air aimable de Jean-Luc Mélenchon face à un journaliste, de montrer patte blanche et d’entrer dans le bâtiment. Face à ces videurs d’université, où à la différence des boîtes on ne te dégage pas pour le port du pantacourt ou d’une chemisette – mais on devrait, sérieusement, vous n’avez pas honte ? -, la présence du Graal de plastique vert et de silicium te permettait de fouler le marbre de Paris IV.

Celui de Bordeaux, il était le résultat de préparations aux concours assez douteuses, de visionnage de films des années 30 dans un hangar à Nanterre, de l’ambiance moite et tendue d’une amphi bordelais rempli à son maximum au mois de mai, d’un budget TGV sans commune mesure et d’un stock de chemises repassées amoureusement – pour montrer, une fois encore, que tu vaux mieux que le petit Cédric, qui ne vole plus tes serviettes mais convoite la même place que toi dans les écoles de journalisme.

Il était laid mais utile, insignifiant mais marquant mon appartenance à une école, associé à des excursions à Biarritz, des reportages clandestins et les plaques de titane du Guggenheim de Bilbao. L’aboutissement de quelque chose, en somme.

J’étais là, un jeudi de juin 2012, entre un yucca et un bureau en bois, sous la lumière crue d’un néon et sans ambiance particulière. En rendant ce badge, j’ai rendu mon école, j’ai rendu Bordeaux. Et, pour de bon, ce « moi » étudiant qui représentait tant. Dix-huit ans après.

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Six ans après sa création, le parti Pirate français reste un OVNI politique. La faute à des dissensions internes et la difficulté d’être un nouveau venu dans le paysage hexagonal. Alors que les voisins allemands et suédois comptent déjà des élus, les pirates français cherchent à gagner en maturité. Une question de temps, nous assure-t-on.


En Allemagne, l’abordage est bel et bien entamé, comme le montre cette projection lumineuse du logo du parti sur une tour d’affaires, à Francfort. – Piratenpartei Deutschland

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J’ai bien souvent idéalisé Stockholm, une ville où je n’ai pourtant que trop peu mis les pieds à mon goût.

Stockholm, dans mon esprit, c’est un peu cette jeune fille aux cheveux dorés qui flânerait devant moi. Avec la lumière du jour, celle de ces journées où le printemps ne s’est pas encore décidé à partir, amenant un léger vent frais. Une scène de photo Polaroïd, en somme – ou de vulgaire iPhone passé au filtre Instagram.

Forcément, je l’ai suivie.

Tout a commencé sous un ciel orangé, qui crachait d’épais flocons.

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