Cène de la Seine.
par Spha | 3 septembre, 2010
Si les gens 2.0 s’attachent aux symboles le temps d’une demi-seconde par le pouvoir insignifiant du like, cette journée aurait mérité son lot de statuts Facebook : “@ Ecole de Journalisme de Sciences Po Paris w/ Jay Rosen” ou encore “bordel, j’ai mon diplôme de licence !”.
Pas de statut, pas de like, mais du bon gros symbole des familles. Gras, velu, celui qui me fait bloguer un truc qui commencerait par “Hier donc, j’étais (…) donc ceci (…) donc cela (…) cqfd et pas trop de mauvaise foi.” La même journée, mon bon de sortie de la prison sorbonnarde et la conférence d’un type cool, innovant, qui veut en finir avec le journalisme à papa et qui nous souhaitait bien du courage et surtout du plaisir pour les futurs gratte-papiers que nous serons a priori, dans un métier qui se renouvelle.
Mais hier donc, j’ai surtout fait mes adieux pour un bon moment à la fourmilière : Paris. Il n’y a aucune ville que je déteste autant, ni que j’adore autant. C’est toute la France dans son jus, du mendiant sur les quais de Sèvres-Babylone à l’aristocratie pincée, entretenant la flamme de sa supériorité, sous prétexte qu’ils ont une hauteur de plafond de 3m50. Non franchement, ça me dépasse. Je suis même sûr, afin d’être complet dans le panorama des français, qu’on aura poussé le vice jusqu’à installer un bistrot aux couleurs de l’OM, sobrement nommé “Chez Dédé” où les pastis sont sûrement trop dosés et où s’échapperont quelques “putaing, cong”. Touche exotique, c’est important pour les affaires.
Les retards chroniques de la RATP (aussi en Voguéo, le bateau parisien, j’ai eu une panne moteur tribord la seule fois où je l’ai pris. True story.), cette mode trop parisienne des collants noirs avec le short en jean même quand il neige, les hipsters, les prix délirants, les facs parisiennes qui capitalisent sur leur nom alors que la province propose aussi bien, le connard qui forcément dans une rame bondée appuiera son dos sur la barre métallique, bref tout est potentiellement détestable.
Mais bordel, nous autres bouffeurs de grenouilles à béret et à baguette, assez couillons pour dire “eh les mecs, on va montrer au monde qu’on a des couilles en faisant une tour en fer forgé de 300m !”, on a la meilleure capitale du monde. Tout ça parviendra à me manquer, même si Bordeaux est une ville classieuse comme il faut.
Même Ernest Hemingway l’a dit. Et toc.

Tide, Shore, Blue Eyes.
par Spha | 19 août, 2010

Au fond, une marée c’est quoi ? Juste une histoire d’organisation lunaire, un flic floc plus ou moins lointain selon le positionnement stratégique du drap de bain ? Avant tout, c’est du temps. Du temps pendant lequel toute la France soupire : sur autoroutes, dans les bureaux parisiens sous perfusion de stagiaires, devant les scandales politico-financiers, entre voisins sur le temps maussade de l’avant-veille. Du putain de temps en barre, où la France palpite, qu’elle soit allongée sur la plage ou en train de rêvasser au boulot. Elle est aux aguets l’infâme masse vacancière, qui a troqué front populaire contre front de mer. “C’est les vacances, les enfants, manifestations pas avant Septembre !”. Le militant se retire en août, comme la marée, comme le fonctionnaire, comme l’enseignant, comme le présentateur annuel du journal télévisé, comme le boulanger du coin qui préfère l’iode de La Rochelle au sel de sa baguette. Il a raison, le boulanger, mais quand même et mon pain campagnard fait avec amour ?
Je sais pas quel est ton avis sur la question, mais la plage c’est un peu le bloc opératoire de la société. Oui, mieux que n’importe quelle émission voyeuriste de TF1 ou M6. A la différence que tu te vantes d’aller à la plage auprès de tes collègues, moins de regarder Secret Story. Pour peu qu’il ne soit pas un abruti fini — mais désolé, c’est dans ses critères d’embauche -, ton DRH sourira même quand tu viendras lui dire que tu poses tant de jours de congés pour aller à la plage. Forcément. Lui aussi va faire trempette.
Paradoxale la plage car c’est à la fois un avachissement total et un défilé. C’est le business-model des magazines printemps-été : perdre ses kilos, la poignée d’amour masculine est-elle sexy sur la plage ?, jouez-vous aux raquettes comme le Björn Borg du Cap d’Agde ?, comment conserver son amour de vacances, Palavas-Les-Flots Streetstyle. Préparé comme un bloc, prêt pour le défilé. Et pourtant au cœur du laisser-aller sous prétexte du “bon dieu, c’est les vacances, on est là pour se détendre, au diable le savoir-vivre ohlala”. Les mômes braillent, aucune autorité de la part du père bedonnant, avec le parasol et la glacière Heineken, qui se remet élégamment le tout en place car le short de bain est facétieux. Le “sable doux”, concept crapuleux qui permet de déterminer les meilleurs d’entre nous dans le futur, déjà aptes à pratiquer des chaines de Ponzi à 6 ans. Étonnant, pour des bestioles aussi petites, criardes et avec une force insensée dans les bras pour balancer du sable — et seulement du sable — sur les voisins. Étonnants aussi, les tennismen des plages : short coloré à fleurs, lunettes Aviator, rasage à-la-Clooney, paquet de testostérone sur pattes, toujours dos à la mer. On sait pourquoi.
La plage, c’est une chronique de la haine ordinaire que n’aurait pas renié Desproges. Ouais, le seul, l’illustre, celui que l’on cite pour montrer que l’on est borderline ce qu’il faut, hype ce qu’il faut et que promis juré, j’ai jamais décroché un rictus devant Camping. Bref, limite étudiant de Sciences Po Lille blogueur. Il se serait assis là, le Pierre, en costume et il aurait déjà toutes ses punchlines pour un procès en bonne et due forme du vacancier des plages. Évidemment, ça serait du lol radiophonique et même ceux concernés riraient, car bordel on est en Août, on peut bien tolérer de l’auto-dérision hein ! Et puis c’est pas comme s’il ne s’attaquait qu’aux gros bedonnants, il s’en prend aussi aux hommes à raquettes, et c’est vrai que j’en ai croisé un velu quand je suis parti cette année, hein que c’est vrai, et donc que c’est drôle, et que cet homme est un chic type, il balance des pavés dans la mare quand même.
Le problème, c’est de t’avoir rencontrée à la plage. Y’a les embruns, on est exhalé par l’air océanique, tu portes bien le bikini, tu lis un bouquin sympa. Mais c’est un no man’s land.
Kiss, poke, bye.
Writing Skills
par Spha | 14 août, 2010

S’il y avait un test Femme Actuelle sur « Quel écrivain êtes-vous ? », entre l’encadré sur « Comment réussir un Tiramisu du feu de dieu » et « Help ! Accepter ses petites rondeurs », je pense que j’aurais 6 ronds, 6 triangles et 2 carrés. Un truc du genre où, après avoir fébrilement entouré ses réponses au crayon à papier, on prie pour ne pas tomber sur Marc Lévy. Et si c’est le cas, on refait le test en loucedé histoire de dire que non, il y a eu maldonne.
Vous avez une majorité de ronds : Ouhlala, vous vous prenez pour un prix Nobel ! A vous les grandes histoires de ce monde, réinterprétées par le prisme de votre plume tortueuse, aux mots compliqués et aux paragraphes d’une page. Pourvu que vous n’écriviez jamais un bouquin de la taille de Guerre et Paix ! Vous êtes William Faulkner.
Vous avez une majorité de triangles : Vous racontez votre vie avec entrain, un style direct et incisif qui vous caractérise. Votre langage est souvent vulgaire mais on vous lit franchement très bien. Bref, vous pouvez raconter la guerre de 1914 sans jamais tomber dans le solennel-chiant. Vous êtes Céline.
Vous avez une majorité de carrés : Ah ! Une observatrice de notre temps ! Pour vous, la société américaine puis le reste du monde est parti en sucette et tout n’est que décadence grandiose, à grand coups de descriptions de drogués, rapports sexuels, jeunesse dorée voire meurtres. Vous êtes Bret Easton Ellis.
Alors mi-Faulkner, mi-Céline ? Vas-y Freud, explique moi ce bordel infâme. Bref, vu que ce blog n’est ni d’actu, ni de buzz, ni de veille technologique, ni fan des produits Apple, techniquement, ça réduit les options : blog de mode, blog BD, lifeblog. Dernière option, mon capitaine, puisque je ne suis pas très 90–60-90 et que mes aptitudes artistiques sont assez réduites. Mais c’est là que ça bloque, le lifeblogging, ça me convient pas. Enfin ça me satisfait pas quand il s’agit de faire son narcissique : mal écrit, morose ou au mieux masturbation intellectuelle. Donc ouais, ça et ça restent rares. Sans compter qu’il faut rajouter à cela mon ambition journalistique, royaume de la phrase courte concise et claire, exception faite pour ceux déjà reconnus qui savent raconter une information sans pour autant altérer sa signification.
Ici-gisent donc toutes ces tentatives avortées d’articles, genre commémoration de ma mégalomanie blogueuse, huhu. Bon, le jour où Femme Actuelle propose ‘Céline’ en résultat de test, promis je m’y abonne. Et puisqu’on parle auteurs, voilà comment occuper vos longues soirées d’hiver : le “Reader’s Drinking Game”, j’ai déjà quelques écrivains à rajouter à la liste.
Ah et j’allais oublier : maelström !
// Fanny (flickr) — “L’Arbre #1″
Discovery ou la Soirée collégienne.
par Spha | 11 août, 2010
Forcément, si je vous dis que Tron 2 (Tron Legacy) va sortir en Décembre, vous vous en contrefoutez :
– c’est un Disney pas dessin animé
– ça raconte une histoire de monde virtuel-jeu vidéo géant où on fait des courses de moto lumineuses et combats de regards sous la visière genre “eh vas-y l’autre, il me prend pour une petite bite“
– y’a Jeff Bridges (bien) mais pas dans un rôle de cradingue (Crazy Heart), plutôt de père indigne lifté numériquement.
Well, well, well. Pourtant, je suis excité comme une groupie devant Edward (le vampire) : y’a les Daft Punk aux commandes de la bande originale ! Alors comment expliquer cette adulation ? Peut-être parce que c’est seul le groupe où j’ai pu faire un brouillon de critique d’album (sûrement très moyenne, c’est un genre que je ne maitrise pas du tout) de plusieurs pages, pour un webzine musical, sur leur opus Discovery. La coïncidence a voulu que je retrouve ce document Word presque 13 ans jour pour jour après mon achat d’Homework (1997). C’est beau les coïncidences, hein. Vous pouvez verser une larme.
Alors, en hommage aux deux musiciens qui ont été mon sujet libre à l’oral de l’école de journalisme de Bordeaux, et pour palier au retard (déjà huhu) du Soundheroes #2, on dépoussière son étagère et on saisit son CD à la boîte qui sent le vécu.
J’enfile mon habit de Michael Caine/vieux sage snob et on y va.
Plastic Beach.
par Spha | 30 juillet, 2010
Bon, les kids, au départ je voulais faire un article de quinze mots pour ce qui est de causer vacances et rappeler que ça fait déjà 4 ans, donc (trop) longtemps que l’irrésistible Stockholm me boude l’été. Et puis, entre deux tentatives désespérées de rangement de ma vie (n’attendez pas le Master 1 pour faire du tri dans vos cours de CP (OMG j’étais un artiste du bonhomme-bâton !)) j’ai été faible : j’ai posé la pile de feuilles pour faire un peu de lecture de blogs.
Ouais, Super Procrastinator, salopard de la flemme, était dans les parages. Et j’ai boulotté de liens en liens, de blogrolls en blogrolls, croisant de tout. Du musicien, de la modasse, de l’egotrip, des frangés, des littéraires, d’obscurs blogs métaphysiques, de la tranche de vie, du lulz, du marketeux, de l’étudiant en journalisme, des photos de bestas et de sistas, du militant politique la rose à la main, du cul. Du bon, du normal, du mauvais, du génial. Et les blogs hype dirigent le Web en ce moment, faisant passer le marché de Vintimille le dimanche pour un amas de petits joueurs, huhu. Pour tous ces blogs que je ne serai pas (trop) (ou alors juste un peu, en le niant fermement et en disant que j’ai écrit l’article éméché), faudra un jour que je fasse une théorie (putassière) aussi longue que mon pavé d’Inception.
Sur ce petit Gorillaz mélancolique, je file prendre les embruns marins. Sans Web, sans TV, avec le Palm mais sans réseau : la vie saine. Ensuite, en route pour la saison 4 de ce blog !
Inception, 2010